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Journée du SYNPREFH du 28 mai 2026
2027 Les enjeux majeurs pour la pharmacie française
Monsieur le Président Boronad,
Cher Cyril,
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues,
Permettez-moi tout d’abord de saluer votre président Cyril Boronad, porté à la défense de vos métiers, et de saluer également l’ensemble des représentants de votre profession ici présents aujourd’hui, dans ce temps fort de la vie du SYNPREFH.
Je veux également vous dire combien l’Intersyndicale nationale des praticiens hospitaliers, l’INPH, est honorée de compter le SYNPREFH parmi les forces qui composent notre intersyndicale et je salue tout aussi chaleureusement votre Délégué Général de l’INPH, Patrick LEGLISE qui agit efficacement au quotidien à mes côtés à la défense d’un système de santé pertinent et au développement d’une accessibilité pour tous.
Pour mémoire je rappelle que l’INPH est une intersyndicale qui regroupe 16 syndicats nationaux portant les particularismes des spécialités et des pratiques médicales en France.
Ensemble nous agissons :
PARCE QUE
Les grands défis de santé publique ne pourront être relevés qu’ensemble.
PARCE QUE
Les frontières entre professions de santé ont de moins en moins de sens face à la complexité des parcours de soins.
Et ensemble encore PARCE QUE
Les pharmaciens hospitaliers occupent aujourd’hui une place absolument essentielle dans le fonctionnement de notre système de santé.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il est important de prendre un moment pour regarder lucidement l’état de notre système de santé… et la place qu’y occupe la pharmacie, et plus particulièrement la pharmacie des hôpitaux publics.
Depuis plusieurs années, les professionnels de santé ont le sentiment de vivre dans une réforme permanente :
Les textes changent
Les organisations changent.
Les priorités changent.
Les interlocuteurs changent.
En huit ans, la France aura connu dix ministres de la Santé.
Dix !
Ce chiffre montre à lui seul l’instabilité chronique de la politique sanitaire, ou pour le moins un déficit de vision, et un cap incertain.
Car derrière chaque nouveau changement ministériel, il y a :
• de nouvelles orientations,
• de nouvelles méthodes,
• de nouveaux arbitrages,
• parfois même une remise en question de ce qui avait été engagé juste auparavant.
Or la santé publique ne peut pas fonctionner sur le temps court.
Former un professionnel de santé prend des années.
Construire une politique de prévention prend des années.
Réorganiser l’offre de soins prend des années
et nécessite
de la stabilité,
de la cohérence
et de la continuité.
Et pourtant, trop souvent, tous les praticiens et les pharmaciens en particulier ont le sentiment d’être dans l’adaptation permanente.
Mais nous ne cesserons jamais de le rappeler : pendant la crise sanitaire, votre profession a encore démontré son utilité, on adaptabilité, sa solidité, son engagement, son professionnalisme, et sa réactivité.
Vous étiez comme d’autres, mais peut-être plus encore que d’autres aux avant-postes sur des sujets majeurs pour la santé publique que ce soit :
• la vaccination,
• le dépistage,
• la permanence des soins,
• l’accompagnement des patients,
• et la continuité territoriale.
Les pharmaciens, où qu’ils exercent ont répondu présents.
Nous avons tous en mémoire, bien au-delà de ces curieux applaudissements quotidiens publics à 20 heures sonnantes, la place majeure occupée par les praticiens des hôpitaux publics.
Mais aujourd’hui beaucoup ont le sentiment d’être consultés trop en aval, insuffisamment écoutés, et peu entendus alors qu’ils sont l’un des piliers du système de santé de proximité.
C’est précisément pour cela que l’INPH tient à rappeler son attachement à une représentation forte et pleinement reconnue des pharmaciens dans les grandes décisions de santé publique.
À l’approche de 2027, il est indispensable que la pharmacie soit pleinement intégrée au débat politique et sanitaire national. C’st le cas aujourd’hui ce devra l’être aussi en 2027.
Ce rendez-vous majeur sera l’occasion incontournable d’aborder nos problématiques professionnelles, des thématiques que je ne saurais résumer devant vous autrement qu’en retenant arbitrairement quatre sujets majeurs qui engagent directement l’avenir de votre profession.
Le premier sujet est sans doute l’un des plus sensibles : celui de la clause de conscience et la future loi sur la fin de vie.
Au-delà des convictions personnelles de chacun, ce débat touche à quelque chose de fondamental : la place de l’éthique dans l’exercice des professions de santé.
Dans les discussions actuelles, une question inquiète profondément les pharmaciens : celle de la clause de conscience.
Pour certains professionnels de santé, cette clause semble devoir être reconnue explicitement.
Pour les pharmaciens, en revanche, les choses paraissent beaucoup moins claires.
Et cela pose un vrai problème.
Car le pharmacien n’est pas un simple intermédiaire logistique.
Le pharmacien engage :
• Sa responsabilité professionnelle,
• Sa responsabilité déontologique,
• Mais aussi sa conscience personnelle.
Il participe pleinement à la prise en charge médicale.
Exclure les pharmaciens d’une protection éthique équivalente créerait une rupture d’égalité entre professions de santé publique.
Ce ne sera pas accepté.
Mais au-delà du droit, il y a aussi une question de reconnaissance voire de respect.
Respect de la responsabilité du pharmacien.
Respect de son rôle clinique.
Respect de son implication dans le soin.
Ce débat révèle finalement une attente plus large : celle de la reconnaissance des professionnels médicaux à part entière, avec une expertise, une responsabilité et une éthique propres.
La réponse à cette question sera fondamentale tant elle engagera les années qui viennent.
Parce que nous le voyons bien, une profession que l’on prive progressivement de sa capacité de décision devient une profession fragilisée.
Et une profession fragilisée finit toujours par perdre de son attractivité.
Ça ne sera pas compris, ne sera pas admis.
Nous agirons ;
Le deuxième sujet est celui de la nouvelle réforme à haut risque qui engagera l’avenir des formations spécialisées, et notamment le DESc de pharmacie.
Là encore, beaucoup de collègues expriment une inquiétude croissante.
Les réformes successives de l’enseignement supérieur et des études de santé semblent remettre en question certains équilibres historiques de la formation pharmaceutique.
Or il faut être extrêmement clair :
affaiblir les formations spécialisées serait une erreur stratégique majeure.
Pourquoi ?
Parce que la médecine et la pharmacie modernes deviennent chaque année plus complexe.
Nous faisons face :
• à des thérapies innovantes,
• à la médecine personnalisée,
• aux biothérapies,
• aux thérapies géniques,
• à l’explosion des données de santé,
• et à une sophistication croissante des traitements.
Dans ce contexte, penser que l’on pourrait réduire le niveau d’expertise des pharmaciens est incompréhensible.
Au contraire, il faudra :
• RENFORCER les spécialisations,
• VALORISER les parcours d’excellence,
• DEVELOPPER la pharmacie clinique,
• SOUTENIR la biologie médicale,
• Et enfin ENCOURAGER la recherche et l’innovation.
Le risque aujourd’hui est double.
D’abord, un risque de perte de compétence.
Mais aussi un risque de perte d’attractivité.
Les jeunes générations ont besoin de perspectives claires.
Elles ont besoin de savoir qu’elles pourront évoluer, se spécialiser, construire des carrières ambitieuses au service de l’intérêt général.
Si les formations deviennent floues ou dévalorisées, nous aurons de plus en plus de difficultés à attirer les meilleurs profils.
Et ce sujet dépasse largement la pharmacie.
Il concerne la souveraineté sanitaire française.
Car demain, les systèmes de santé les plus performants seront ceux qui disposeront des professionnels les plus qualifiés et des expertises les plus avancées.
Alors que, rappelons-le une nouvelle fois, les systèmes de santé les plus solides ne sont pas ceux qui changent le plus souvent de règles, mais ceux qui font confiance durablement à leurs professionnels.
Le troisième sujet est celui de la réforme PASS/LAS et cette interminable et malheureusement bien prévisible crise de lisibilité des études de santé.
Cette réforme avait des intentions positives :
• Diversifier les profils,
• Limiter le gâchis humain de l’ancienne PACES,
• Ouvrir davantage les études de santé.
Sur le papier, les objectifs étaient compréhensibles.
Mais sur le terrain, les difficultés sont nombreuses.
Beaucoup d’étudiants décrivent :
• une organisation complexe,
• des règles variables selon les universités,
• une grande confusion,
• une pression psychologique toujours extrêmement forte.
Finalement, beaucoup ont le sentiment qu’on a changé la forme… sans réellement résoudre le problème de fond.
Et dans ce contexte, la pharmacie souffre particulièrement d’un déficit de visibilité.
Or c’est une erreur majeure, profonde.
Parce que la pharmacie est une profession d’avenir.
Une profession scientifique.
Une profession clinique.
Une profession technologique.
Une profession de proximité.
Le pharmacien de demain sera au cœur :
• du suivi thérapeutique,
• de la prévention,
• du vieillissement,
• des maladies chroniques,
• de l’éducation à la santé,
• de l’intelligence artificielle appliquée au soin.
Et pourtant, trop de jeunes connaissent mal les débouchés réels de la profession.
Il faut donc réinvestir massivement dans :
• l’orientation,
• la pédagogie,
• la valorisation des métiers,
• et la lisibilité des parcours universitaires.
Nous devons aussi défendre une exigence fondamentale : maintenir un haut niveau scientifique.
Parce que la confiance accordée aux pharmaciens repose précisément sur cette compétence scientifique reconnue.
Enfin, quatrième sujet que j’évoque ici sont les transformations technologiques et organisationnelles, comme l’inclusion de l’intelligence artificielle, le télétravail, et les mutations naturelles de nos métiers.
Nous vivons là une évolution majeure, presqu’une révolution.
L’intelligence artificielle est déjà présente dans le système de santé.
Elle intervient :
• Dans l’analyse des données,
• Dans l’aide à la prescription,
• Dans la pharmacovigilance,
• Dans les modèles prédictifs.
Et demain, son rôle sera encore plus important.
Certaines tâches techniques seront automatisées.
Certaines analyses seront accélérées.
Certaines décisions seront assistées par des algorithmes.
Faut-il avoir peur de cette évolution ?
Je ne le crois pas.
Mais il nous faut être lucides.
L’IA peut être un outil extraordinaire… à condition qu’elle reste un outil.
Car aucun algorithme ne remplacera :
• l’expérience clinique,
• le discernement humain,
• l’échange avec le patient,
• l’éthique professionnelle,
• Ni la responsabilité médicale.
La technologie ne doit jamais conduire à une déshumanisation du soin.
Là est notre responsabilité d’y veiller.
La même réflexion doit être conduite concernant les nouvelles formes d’organisation comme celles liées parfois à la mise en place du télé travail.
Et là aussi, il faudra trouver un équilibre.
Parce que le soin ne peut pas devenir totalement virtuel.
La santé repose aussi sur :
• la proximité,
• la confiance,
• la présence,
• et le lien humain.
En conclusion Mesdames, Messieurs,
La pharmacie française est aujourd’hui à un moment charnière.
Nous faisons face simultanément :
• À une instabilité politique importante multi factorielle,
• À des réformes universitaires permanentes peu lisibles et hasardeuses, inutilement expérimentales, destructrices de tant de vocations, inaudibles et indéfendables
• Nous faisons également face simultanément
• À des débats éthiques majeurs,
• Et à une révolution technologique sans précédent.
Dans ce contexte, les pharmaciens ne demandent pas de privilèges.
Nous l’évoquons souvent à l’INPH avec Patrick LEGLISE.
Vous attendez légitimement - et la liste n’est pas exhaustive - :
• de la cohérence,
• de la stabilité,
• de la reconnaissance,
• et une véritable vision stratégique de la santé publique.
Et je veux le redire ici au nom de l’INPH : les pharmaciens ont toute leur place au sein de notre intersyndicale, parce qu’ils ont toute leur place au sein de l’hôpital public dans le système de santé français.
Votre engagement, vos actions prospèrent naturellement avec ceux de notre Intersyndicale, au cœur de nos métiers au service de nos patients.
Vous le savez mieux que personne, sans pharmaciens formés, et reconnus, il n’y aura pas de système de santé solide.
Et comme le disait Mahatma GANDHI
"L’avenir dépend de ce que nous faisons dans le présent."
Il est alors temps que les acteurs politiques à l’approche de 2027, incluent la pharmacie dans la pensée globale de l’offre de soins en France.
La pharmacie est un pilier du système de santé français.
Investir dans la pharmacie, c’est investir directement dans la sécurité sanitaire, l’innovation médicale et la qualité des soins de demain.
Au SYNPREFH vous y veillerez je le sais, Monsieur le Président BORONAD, Cher Cyril
Et l’INPH avec vous.
Car reconnaître les pharmaciens d’aujourd’hui,
c’est préparer la sécurité sanitaire de demain.
Je vous remercie.
Docteur Rachel BOCHER
Présidente de l’INPH