INPH - 43 avenue du Maine - 75014 PARIS

Le 20 mai, les sénateurs ont adopté en première lecture la proposition de loi du député Renaissance Charles Rodwell, qui veut allonger la durée de la rétention administrative d'étrangers en situation irrégulière et jugés « dangereux » et qui crée une « injonction d’examen psychiatrique » à la main du préfet. Une mesure décriée unanimement par les acteurs de psychiatrie. La Dr Gabrielle Allio, présidente du syndicat des psychiatres d'exercice public (SPEP), explique au « Quotidien » les raisons de la colère.
LE QUOTIDIEN : Pourquoi dénoncez-vous la création dans l’article 1 d’une injonction d’examen psychiatrique ?
Docteur ALLIO : La proposition de loi de Charles Rodwell repose sur un amalgame entre radicalité et pathologie psychique. La radicalisation est avant tout un fait social. Aucune étude scientifique ne montre de lien solide entre radicalité et pathologie psychique. La dangerosité psychiatrique, lorsqu’il y a une pathologie psychiatrique, existe, certes, mais elle est minime par rapport au nombre de patients que nous suivons, et elle ne conduit pas à la radicalisation. Les psychiatres ne sont pas là pour rassurer la société sur des enjeux qui dépassent le soin. Nous nous indignons donc de cet amalgame qui a pour objectif, une nouvelle fois, de stigmatiser notre mission : soigner, non être le suppôt d'un système judiciaire. À un moment où la Santé mentale est désignée Cause Nationale, que sommes-nous vraiment ?
Sur le plan pratique, quel psychiatre acceptera la responsabilité de faire cet examen psychiatrique et d’établir un certificat ? Ce sera à la personne suspectée de le choisir, sur une liste établie par une autorité administrative [selon un amendement adopté par les sénateurs, qui remplace la première version renvoyant à la liste des experts judiciaires de la cour d’appel, NDLR], avec l’obligation que le psychiatre lui soit inconnu et ne le prenne pas déjà en soins. Mais qui nous protégera ? Si nous concluons à l’absence de trouble psychiatrique, nous risquons d’être mis en cause en cas d’un passage à l’acte ultérieur. Si nous concluons à un trouble, quel lien avec la radicalité ?
Par ailleurs, si la personne concernée ne s’est pas soumise à l’examen psychiatrique, elle peut être amenée de force jusqu’au psychiatre par la police. Le préfet peut aussi prononcer l’admission en soins psychiatriques en fonction du certificat du psychiatre. Mais sous quelles modalités ?
Cela ne tient pas ! D’autant que des dispositifs existent dans le cadre de la lutte contre la radicalisation, avec la possibilité pour des psychiatres d’intervenir au sein des groupes d’évaluation départementaux (GED), des dispositifs régionaux d’appui et de soutien des professionnels (Cresam) ou de l’unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) à l’échelle nationale. Mais ces dispositifs ne figurent pas dans la loi !
C’est encore pire !
Quelles sont vos craintes en tant que psychiatre d’exercice public ?
Nombreux sont les psychiatres qui s’interrogent sur la poursuite de leur mission dans la fonction publique. Nous risquons d’avoir des démissions, si de nouvelles injonctions s’imposent à nous. Notre métier est de soigner, nous le faisons dans un contexte très contraint (manque de moyens, encadrement strict de certaines pratiques comme l’isolement et la contention…). Nous ne voulons pas être instrumentalisés politiquement.
Nous déplorons amèrement qu’aucun syndicat, aucune organisation représentative des psychiatres n’ait été consultée. Grève, pétitions… Nous réfléchissons aujourd’hui à faire entendre notre mécontentement unanime à l’encontre de cette proposition de loi.
Les psychiatres s’insurgent contre une proposition de loi mêlant troubles psys, radicalisation et OQTF
Les psychiatres dénoncent l’amalgame entre radicalisation et troubles psys au cœur d’une proposition de loi adoptée à l’Assemblée