EDITO SOU MÉDICAL
PERMANENCE
DES
SOINS
par
Rachel BOCHER
Présidente de lINPH
Aussi bien en libéral après la grève des médecins libéraux quen hospitalier avec lapplication des directives européennes la permanence des soins aussi bien en ville quà lhôpital est bien le principal enjeu de lavenir immédiat du système de santé.
Combien de rapports, dexpertises et de mouvements de protestation depuis 15 ans sur le dossier des urgences ! Pour autant les vraies réformes tardent et les difficultés sempilent. Daprès létude de la DRESS du début de cette année 2003 la majorité des personnes qui fréquentent les urgences - en 2000 il y a eu 13 millions de passages aux urgences - relèvent dautres services ou dautres acteurs ; on sait maintenant quentre 70 et 75% des patients viennent directement sans contact médical préalable même par téléphone alors que 20 % seulement donnent lieu à une hospitalisation.
Citons également la progression de plus de 58 % en 10 ans. Dans plus de 30 % des appels au CENTRE 15 la réponse consiste en une information ou un conseil.
Les solutions sont plurielles.
On voit demblée que la permanence de soins met en cause lensemble des dossiers - démographie médicale, coordination des soins - qui secouent notre profession actuellement, aussi bien en amont quen aval.
Pourtant lhôpital public est un outil technique performant.
Puisque, comme la dit Richelieu, "Lart du politique est de rendre possible ce qui est nécessaire" le champ dactions est demblée tracé.
Partant, il faut se préserver aussitôt du risque dimmobilisme : lévolution, notre évolution, doit être constante.
Certes lhôpital public accepte les nouvelles missions que les tutelles lui confient - telles la permanence des soins
et la réécriture de larticle 77 - , au regard de ses compétences et du dévouement dont il fait preuve : la solidarité, cest bien le moins, est sa vocation.
Mais rien ne peut être entrepris pour la rénovation - que je ne conjugue pas avec privatisation - du système spécifique de santé choisi depuis longtemps par notre Pays, sans moyens et donc sans choix, et par conséquent sans une réflexion préalable profonde, large et commune.
Les enjeux sont tels - mutation culturelle , lévolution des mentalités - 35 heures - les changements de la société (besoins immédiats) - que les hôpitaux - et non seulement leurs urgences - sont aujourdhui victimes dune crise de croissance. Probablement les options architecturales et "équipementales" enclenchées en faveur de nos hôpitaux au cours de ces dernières années nont-elles pas été prises suffisamment en amont en raison de contraintes réglementaires, financières et démographiques trop importantes.
Alors faisons simplement le pari dun avenir pérenne qui prendrait en compte à la fois lévolution des patients, et celle des praticiens, en lien avec le changement des pathologies.
En résumé ne restons pas sur les constats.
Centrons nous sur les solutions:
1°- La route de lhôpital public sinscrit nécessairement dans un réseau de compétences et dans une fédération dénergies au service des usagers
Lhôpital ne peut plus être le seul élément de référence dans un contexte hospitalo centriste des années 70.
Lhôpital doit être un maillon du système en lien avec les autres structures de soins non hospitalières et avec la médecine ambulatoire.
A cet égard, le développement des filières et des réseaux de soins représente une des solutions à notre portée, pour peu que ce développement soit aidé par des décisions politiques. La permanence des soins ou la mise en place de la prévention sont des exemples concrets des vrais liens institutionnels qui doivent illustrer une réelle coopération public-privé : cette
coopération doit dépasser le cap de lincantation, ce qui serait une réalité notamment par lalignement des rémunérations.
On voit ainsi que notre réflexion doit se recentrer sur les missions de lhôpital à partir dune organisation de soins par niveau (exemple : périnatalité), en y incluant davantage que par le passé, au nom du principe de réalité, lindispensable notion de bassins de vie.
2°- Pour lutter contre lindividualisme il nous faut mettre en place la chaîne de la permanence des soins.
Au vu des chiffres on voit bien que la permanence des soins doit être appréhendée de façon globale. Il est indispensable de regrouper les moyens et dorganiser la chaîne des soins.
Cette mission de santé publique nest lapanage de personne, ne peut être le monopole dune structure. La coopération entre tous doit permettre une optimisation du système, chaque acteur étant renforcé dans sa responsabilité. Le patient, principal acteur, doit voir sa responsabilité engagée également.
Différents scénarios sont possibles pour sortir de la crise démographique (30 % seulement des spécialistes exercent à lhôpital alors que la proportion de généralistes/ spécialistes est de 50/50). Nous pourrions par exemple envisager une mixité des acteurs qui permettrait ainsi aux médecins libéraux de consacrer 10 à 20 % de leur temps à lhôpital. De même les hospitaliers pourraient travailler au sein de maisons médicales ou de structures daccueil durgences en soins de ville. En effet, sil doit y avoir prises en charge cest bien en amont des centres hospitaliers.
3°- Notre choix doit sopérer entre deux systèmes :
- Un premier système : celui que lon connaît ; il concerne lensemble des acteurs où la permanence des soins est laffaire de lEtat, en même temps quun droit pour les patients et un devoir pour les médecins.
Ce système est perfectible par lajout "dun pilote dans lavion" qui pourrait prendre le nom dARS (Agence régionale de Santé). Aujourdhui on constate que le problème de la coordination se pose entre lARH le Conseil de lOrdre, le Préfet, lURCAM et lURML.
Il se poserait à moins.
- Un second système ; il correspondrait par hypothèse à un hôpital qui assurerait la permanence des soins . Dans ce cas les moyens consacrés à cette mission devraient lui être nécessairement affectés en totalité.
Lhôpital ne peut pas tout faire.
La médecine de ville doit être aidée dans sa mission de médecine de proximité à assurer la permanence des soins.
Cest un service qui est dû à la population par lensemble des praticiens. Notre déontologie lexige.
Cest une définition, pour ne pas dire LA DÉFINITION, du service public.
Docteur Rachel BOCHER