Juillet 2004

 

REFORME DU SYSTEME

DE SANTE :

LA FIN DE

L’HOSPITALO-CENTRISME

LE DEVELOPPEMENT

DES RESEAUX

 

Par

Dr Rachel BOCHER

Présidente de l’INPH

 

 

Le constat récent de l’ANAES est accablant ;

24 % des admissions hospitalières sont inappropriées, 30 % des journées d’hospitalisation sont non pertinentes, 10 % du nombre des patients affichent une maladie nosocomiale

 

Pour une réflexion utile nous devons impérativement redéfinir les missions de l’hôpital écartelé, écrasé entres ses missions d’excellence et ses missions de dispensaire.

 

Ni fourre tout ni citadelle, l’hôpital public n’est plus l’élément de référence du contexte hospitalo-centrique des années 1970

 

 

La France est entrée dans un nouvel âge épidémiologique qui implique un nouveau modèle de santé. D’un régime de forte fréquence d’affections aiguës brèves (essentiellement infectieuses) à un nouveau régime dominé majoritairement par des affections et des états chroniques tels l’hypertension, le cancer, l’asthme, les pathologies rhumatismales, l’obésité, le diabète, les affections somatiques. Plus que curative et immédiate, cette médecine des affections chroniques soit  accepter l’idée qu’elle se fait dans la durée, qu’elle exige des stratégies au long cours et l’intervention de multiples professionnels et d’alternatives à l’hospitalisation ; on peut parler de « processus de soin » et de « transition épidémiologique ».

Ni la Formation Médicale Continue et ni le système de santé n’ont vraiment intégré cette vision des choses. On peut craindre que plus de 75 % des patients n’ont rien à voir avec l’hospitalisation ou que de loin.

Par ailleurs, la médicalisation de tous les maux, sociaux en particulier, la banalisation de la consommation médicale, l’absence d’organisation et de hiérarchie[1] des soins, la tendance  systématique à recourir aux techniques et à l’hospitalisation font que la question essentielle n’est pas seulement aujourd’hui l’hôpital public mais bien la recherche d’une amélioration notable des fonctionnements du système de santé dans sa globalité. Le problème de fond : l’hôpital ne peut pas tout faire : il est de nos jours le premier secours et le dernier recours[2]. On constate d’emblée les limites du système et l’urgence du travail en réseaux.

 

La redéfinition des missions de l’hôpital public va de paire avec celle du rôle et de la place des praticiens hospitaliers et d’une évolution statutaire[3]

L’hôpital court un danger : victime de son succès, il risque un repli frileux vers un système du type “HOPITAL HOSPICE”. On sait qu’il serait dès lors condamné d’avance par la nouvelle tarification à l’activité. Il est impensable que le rentable l’emporte sur l’accueil égal pour tous.

C’est dans ce cadre que l’hôpital 2007 a été enclenché. On peut comprendre la démarche à la condition qu’aucun nouveau dogme ne succède aux anciens. Le risque est grand : pourra–t-il être évité. La réforme doit être ouverte et permettre l’adaptation aux nouvelles missions inscrites dans le cadre du service public et au nouveaux besoins nés des réalités actuelles (cf. La canicule épidémiologique).

La logique médicale doit continuer de primer dans un cadre démocratique.

Faisons en sorte que l’information et la transparence ne puissent que servir à une meilleure utilisation des compétences des uns et des autres.

 

Une prise en charge efficace ne doit pas et ne peut pas être centrée sur l’hospitalisation. Ainsi, c’est une nouvelle conception de la médecine qui est à revoir ; il ne s’agit plus d’épisodes morbides séparés mais de processus de longue durée depuis l’exposition de facteurs de risques jusqu’au développement des pathologies tout au long de la vie. Alors à ce nouveau paradigme, il faut une nouvelle réponse intellectuelle, organisationnelle, culturelle, sociale et éthique – sinon ce décalage sera source de pertes considérables d’efficacité et même d’efficience (Cf chiffre de l’ANAES plus haut).

Une prise en charge efficace ne peut pas être centrée sur l’hôpital public mais au contraire doit être un moyen de coordonner en réseau tous les acteurs libéraux et hospitaliers, médicaux et paramédicaux, sanitaires et médico-social, pour résoudre les problèmes de santé et de société comme celui du vieillissement. Les maladies chroniques ont des conséquences médicales, mais surtout psychologiques, sociales et financières. Le problème de la prévention et la réhabilitation est posé.

 

Dans le domaine de la santé, le propre des changements des pratiques doit être centré sur le patient ; c’est le besoin de qualité qui justifie la recherche et l’essai de nouvelles organisations de soins de nouvelle culture, et d’éthique de santé. Cette démarche qualité va de pair avec une révolution culturelle réelle. Il faudra aider le patient dans ces formes coopératives multiprofessionnelles, dans cette navigation entre différents professionnels, différentes institutions, différentes institutions sanitaires et sociales. Je veux parler de soins coordonnés et des réseaux de santé.

 

Ainsi, l’avenir de l’hôpital  ne pourra se faire qu’à l’intérieur d’un réseau ouvert sur la ville en lien constant avec la médecine ambulatoire et les structures médico-sociales dans le cadre de bassin de population, aidé en cela par des décisions politiques fortes.

La seule question reste celle des moyens : l’INPH attend avec impatience la mise en place des ARS (Agence Régionale de Santé).

 

En résumé, une réforme efficace et utile de l’hôpital public ne peut se résumer à une réforme de son organisation interne.

 

 

 



[1] Le concept de Primary Care n’est pas développé en France : la distinction entre soins de base ou de premiers recours avec les soins secondaires effectués par les spécialistes ou par l’hôpital.

[2] 50% d’augmentation aux urgences en 5 ans avec 13 millions de passages alors que seulement  20 % des  patients sont hospitalisés. 30 % des appels au centre 15 sont liés à un conseil ou à une simple information.60 % des pathologies les plus lourdes arrivent à  l’hôpital selon la DRESS.

[3] Statut à valences reposant sur un socle commun de soins sur  6 à 8  demi-journées, le solde du temps étant alors contractualisé sur une fonction soit universitaire, soit de responsabilité institutionnelle.