Hôpital public : qui veut quoi ?
Par Dr Rachel BOCHER
Présidente de l'Intersyndicat National
des Praticiens Hospitaliers
Vous venez de clore une phase de
négociations avec le Ministère de la Santé sur les modalités de travail des
médecins hospitaliers. Qu'en est-il ressorti ?
Il n'y a eu de fait aucune négociation :
ce fut simplement une consultation mais elle a eu au moins le mérite de faire
tomber les masques.
Concernant par exemple la part variable de nos rémunérations, elles sont ³envisagées² entre 2 et 3 % sur 2004, 2005, 2006 et, qui plus est, soumises à notre accord de ratification pour un bouleversement radical de notre statut (issu, je le rappelle, de plusieurs accords successifs durant ces dernières années) !. . .
Mais cette attitude a été révélatrice, au fil des échanges, d'une divergence de fond sur le sens donné à ce que doit être l'hôpital public et sur les réformes nécessaires pour qu'il reste adapté aux besoins de la population.
Quelles sont ces divergences ?
Bien sûr pas sur les constats alarmants
de l'Anaes (24 % d'admissions hospitalières
inappropriées, 30 % de journées d'hospitalisation non pertinentes, 10 % de
patients affichant une maladie nosocomiale, etc.) ou de la Dress
(50 % d'augmentation aux urgences en 5 ans avec 13 millions de passages alors
que 20 % des patients sont hospitalisés, 60 % des pathologies les plus lourdes
arrivent à l'hôpital public, etc.).
Ni fourre-tout ni citadelle, l'hôpital
public n'est plus l'élément de référence du contexte hospitalo-centrique
des années 70.
La médicalisation de tous les maux (sociaux en particulier), la banalisation de la consommation médicale, l'absence d'organisation et de hiérarchie des soins (1), la tendance systématique à recourir aux techniques et à l'hospitalisation, nous obligent à redéfinir les missions de l'hôpital, écartelé entre ses missions d'excellence et celles de dispensaire.
Sachant que cette redéfinition va de pair
avec celles du rôle et du statut des praticiens hospitaliers (2).
Or, il nous apparaît que la privatisation est à l'ordre du jour. Car, victime de son succès et tendant à se replier sur un type ³hôpital-hospice², l'hôpital public est condamné par la nouvelle tarification à l'activité : il est impensable que le rentable l'emporte sur
l'accueil égal pour
tous.
Et c'est malheureusement ce cadre-là qui
a été déclenché par le ³plan Hôpital 2007².
Que ³contre-proposez² vous ?
En toile de fond, que la logique médicale continue de primer dans un cadre démocratique et que la transparence de l'information puisse servir à mieux utiliser les compétences des uns et des autres.
Concrètement, il y a urgence de la
reconnaissance et de la facilitation d'un travail en réseaux.
La prise en charge des maux actuels
(notamment ceux liés au vieillissement) ne peut être efficace qu'au travers une
coordination de tous les acteurs libéraux et hospitaliers, médicaux et
paramédicaux, etc.
L'avenir de l'hôpital ne pourra se faire
que dans le cadre d'un réseau ouvert sur la cité, en lien constant avec la
médecine ambulatoire et les structures médico-sociales : une réforme
intelligente de l'hôpital ne peut se résumer en une réforme de son organisation
interne
Nous attendons donc avec impatience de connaître les moyens qui seront alloués aux Agences Régionales de Santé.
Qui veut quoi ?. . . Nous l'avons dit.
Mais la réponse appartient aussi à une
décision politique forte.
Propos recueillis par Michel Jouannot