Les négociations
sur l'avenir des praticiens hospitaliers
Le
Dr Rachel Bocher (Inph) : la rénovation statutaire est une priorité absolue
L'Intersyndicat national des
praticiens hospitaliers n'a pas signé le protocole d'accord sur le statut des
PH, mais entend bien, comme l'y a invité le ministre de la Santé, participer
aux groupes de travail sur ce point. Ce qui n'est guère apprécié des syndicats
qui ont paraphé ce texte. Pour la présidente de l'Inph, le Dr Rachel Bocher, il faut cependant renouer le dialogue, tant
l'affaire est importante pour l'avenir du système hospitalier.
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« Je réfute toute idée de discrimination »(Photo S
Toubon/"le Quotidien")
LE QUOTIDIEN - Xavier
Bertrand a invité votre organisation à participer aux groupes de travail sur
les PH, alors que vous n'aviez pas signé le relevé de décisions du 31 mars
dernier. Cela semble présager de bonnes relations avec le ministère de la
Santé.
Dr RACHEL BOCHER
Aujourd'hui est un autre jour. Ce qui se faisait avec Philippe Douste-Blazy semble devoir l'être de façon différente avec Xavier Bertrand. Pour autant, soyons clairs. Toutes les réserves que nous avons émises à l'égard du relevé de décisions ne sont pas dissipées, même si nous restons d'accord sur un point : l'urgence dans la nécessité d'agir.
La rénovation
statutaire est une priorité absolue.
Quant à notre participation aux actuelles discussions, elle est tout à fait
légitime, notamment au regard des résultats de nos dernières élections
professionnelles qui nous ont placés en tête de la représentation des
praticiens hospitaliers temps plein. Evidemment, cela nous impose de ne pas
être absents du dialogue social. C'est pourquoi je ne comprends pas la
crispation de certains autres participants aux réunions. Nos mandants ne
comprendront pas cette attitude... Bref, remettons un peu de bon sens dans tout
cela et repartons sur un vrai dialogue.
Cela revient-il à dire que l'Inph
pourrait revenir sur sa position à l'égard du relevé de décisions ?
Pas du tout. Il n'est pas question pour l'Inph de signer maintenant ce qu'elle a refusé il y a quelques mois. Le ministre l'a bien compris. C'est assez nouveau : c'est une ouverture d'esprit dont nous prenons acte et nous rechercherons ensemble à lever les points de blocage et à explorer les pistes laissées en suspens jusqu'à ce jour.
Quelles sont alors ces différentes
pistes que l'intersyndicat entend proposer lors de ces discussions ?
Il est indispensable de trouver les
moyens de remédicaliser notre système de soins. Les plus jeunes doivent se
sentir impliqués et mobilisés au service du système hospitalier public. Pour
cela, il faut tout d'abord que l'unicité de notre statut soit sauvegardée et
confortée. Le socle commun est indispensable : il fait la force de la
communauté médicale hospitalière, celle que nous aimons, celle que nous
défendons, celle qui permet notamment l'indispensable collaboration entre
hôpital public et hôpital privé, source d'un exercice valorisé à tous les
étages du système de santé.
Nous préconisons également le système de valences : c'est un excellent
moyen de reconnaître - et de rémunérer de façon additionnelle - tout
investissement supplémentaire. Citons les valences universitaires (pour des
activités de recherche et d'enseignement), les valences institutionnelles
(comme la présidence de CME [commissions médicales d'établissement]) ou bien
encore l'exercice multisite (afin de compenser la pénibilité liée ou une
permanence des soins accrue). Bien entendu, ces valences n'échapperont pas à
une nécessaire évaluation, dans le cadre d'un contrat. La qualité du travail
sera alors valablement reconnue. Sans être forcément pérennes, ces valences
pourraient être contractualisées sur un poste défini. En donnant la possibilité
aux praticiens de mener une carrière diversifiée, elles sont, à mon sens, l'une
des clefs de la souplesse statutaire.
S'agissant du statut du PH à temps partiel, que
préconisez-vous ?
Le maître mot c'est : le
« prorata temporis ». Pourquoi cette règle souffre-t-elle autant
d'exceptions ? Il y a encore aujourd'hui trop de statuts différents à
l'hôpital. Je réfute toute idée de discrimination. Voyez l'exemple des
difficultés de nos collègues et amis à diplôme étranger...N'insistonspas.
Le principe de réalité doit s'imposer à tous : chaque jour les difficultés
budgétaires des hôpitaux font la « une » des journaux régionaux et
nationaux. Voilà une raison supplémentaire pour que le débat budgétaire soit
placé au cœur même de notre débat statutaire, et inversement. Posons-nous la
question : dans quelle entreprise du privé s'inquiéterait-on du statut des
cadres alors même que cette entreprise annoncerait son dépôt de bilan ?
Tout est lié, on le voit bien. L'Ondam ne pourra pas accompagner la
catastrophe, mais, bien au contraire, proposer les ressources nécessaires
d'accompagnement. Faute de quoi...
De fait, l'Ondam devrait progresser de 3,44 % pour la part
hôpital.
Il y a un choix politique à faire et Xavier Bertrand a multiplié les déclarations en faveur de l'hôpital : il l'a dit à son arrivée au gouvernement et l'a répété en juillet, puis encore à Nice lors du congrès de la FIH (Fédération internationale des hôpitaux). Voilà une raison supplémentaire pour ne faire aucun procès d'intention. C'est d'ailleurs la ligne habituelle de l'Inph. Puisque l'hôpital public est la priorité du nouveau ministre de la Santé, mesurons notre enthousiasme et observons si cela se traduit dans les faits. Alors attendons, mais en même temps faisons vite : il y a urgence !
Autre dossier que vous allez
également aborder lors des réunions : la retraite des PH. Quelles
solutions préconisez-vous concernant le régime complémentaire de
l'Ircantec ?
C'est en effet l'un des nombreux
sujets à prendre à bras-le-corps. L'Inph propose quatre solutions qui ont été
unanimement saluées par les praticiens lors de la récente campagne pour nos
élections professionnelles : tout d'abord l'élargissement de l'assiette de
l'Ircantec, ensuite le rachat des années d'études, puis la reconnaissance du
temps effectif de travail et enfin la création d'un plan épargne-temps de
retraite salariale, en relais du compte épargne-temps (CET).
Je voudrais aussi rappeler notre vigilance face à la nouvelle gouvernance.
L'Inph demande qu'une attention particulière soit réservée au rôle et à la
fonction des PH afin d'éviter que quelques-uns ne s'approprient les réformes
pour mieux les annuler. Favorisons au contraire l'équation entre les réformes
et les praticiens de terrain par une transparence et une information de tous
les instants : la connaissance n'est rien si elle n'est pas partagée. Il y
a là un formidable travail pédagogique à accomplir, jusque et y compris au sein
de nos établissements. L'Inph a toujours rejeté la neutralisation des idées par
la confiscation du débat : gardons-nous des critiques qui surgiraient d'un
débat syndicalo-syndicaliste. Voilà pourquoi j'ai conduit pour l'Inph plusieurs
dizaines de réunions régionales entre avril et juin derniers. Les pouvoirs
publics pourraient eux aussi jouer un rôle moteur, en prenant par exemple
l'initiative de débats dans le cadre des sros (schémas régionaux d'organisation
sanitaire) notamment. C'est une idée que je lance à Xavier Bertrand.
Ø Propos recueillis par AUDREY BUSSIÈRE
QUOTIDIEN DU MEDECIN DU
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