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18/09/2003
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Le Dr Rachel Bocher : " Ne refaisons pas de l'hôpital un hospice " La présidente de l'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) critique le calendrier retenu par le ministre de la Santé pour le déroulement de son plan Hôpital 2007. Les groupes de travail destinés à réformer le fonctionnement interne de l'institution, en commençant à se réunir dès aujourd'hui, ne tiendront pas compte des leçons de la canicule, regrette par avance Rachel Bocher. Or l'un des enseignements à tirer de la crise est, selon elle, que l'hôpital tout entier ne doit pas être au service de ses urgences. LE QUOTIDIEN Dr RACHEL BOCHER Les hôpitaux et les maisons de retraite ont fait face. Mais la canicule a mis en lumière les difficultés que traversait déjà l'hôpital avant elle : fermetures de lits, manque d'équipement pour faire face à une crise sanitaire majeure... Aujourd'hui commencent les travaux des quatre groupes installés par Jean-Mattei pour réformer le fonctionnement interne des hôpitaux, dans le cadre d'Hôpital 2007. Leurs conclusions seront rendues à la fin de novembre, bien avant celles de la mission d'enquête parlementaire sur la canicule, attendues au printemps. Il y a là un gros problème de calendrier ! Car les groupes Hôpital 2007 ne vont pas du tout tenir compte des leçons de la crise. Le résultat de leurs travaux risque d'être un coup d'épée dans l'eau. Le choix des thèmes débattus (le statut des médecins hospitaliers, celui des directeurs, le financement et la gouvernance) me gêne également. Les groupes Hôpital 2007 se basent sur le rapport Vallancien-Perrin, qui n'est plus d'actualité. En prenant le problème par le petit bout de la lorgnette, ils me semblent vides de sens par rapport à l'ampleur de la crise. Quels enseignements tirez-vous de la catastrophe ? Aujourd'hui, l'hôpital est en difficulté car il croule sous des missions auxquelles il ne peut pas faire face. Cet été, les activités programmées ont dû être déprogrammées. Pour faire quoi ? Pour être au service des urgences. Le grand danger, si ce déséquilibre s'installe, concerne l'avenir même de l'hôpital public. Les activités de soins programmées risquent de se retrouver dans le secteur libéral, et l'hôpital risque de revenir à son statut d'hospice, c'est-à-dire à l'accueil des urgences, en laissant de côté ses missions de service public. Voilà pourquoi il est très grave qu'on ne tire pas les leçons de ce qui s'est passé cet été. Quels thèmes auriez-vous aimé voir aborder au sein des groupes de travail Hôpital 2007 ? La redéfinition des missions de l'hôpital public, qui ne peut pas tout faire. La redéfinition de sa place au sein du système de santé, et celle des missions des praticiens hospitaliers. La description précise des coopérations public-privé : sur quelle base, avec quel type d'intéressement et quel volontariat ? Il y aurait sûrement d'autres exemples. Vous devez tout de même vous sentir concernée par le groupe de travail consacré au statut des médecins hospitaliers ? Je l'étais au départ ! Mais en juillet, le directeur de l'Hospitalisation et de l'Organisation des soins, Edouard Couty, nous a dit qu'il ne s'agirait pas de négociations statutaires. Il faudrait pourtant un statut unique temps plein temps partiel - depuis le temps que nous le réclamons... Il faudrait aussi faire évoluer l'ordonnance de 1958, de façon à mettre en avant les fonctions d'enseignement, de recherche, de responsabilités (chef de service, président de CME, membre du CLIN), ou la pénibilité, pour ceux qui font beaucoup de gardes. Or rien de tout cela n'est à l'ordre du jour. Mais alors sur quoi porteront les réflexions de ce groupe ? La question se pose. Si c'est pour dire que le statut des praticiens hospitaliers est bon à jeter aux chiens et qu'il faut le remplacer par un statut de praticiens contractuels, qui reviendrait sur tous les avantages obtenus depuis trois ans, l'INPH ne peut pas cautionner ça. Moi je suis fière des protocoles que j'ai signés en 2000, 2001 et 2003. A ce propos, sait-on comment est appliqué le protocole 2003 sur la réduction du temps de travail (RTT) des PH ? On est dans une situation assez nébuleuse : on ignore tout des bénéfices de ce protocole, on n'a pas de vision globale. La situation est très hétérogène. Autour de moi, les gens disent ne pas avoir été payés pour leurs plages additionnelles, alors que l'argent aurait été versé aux agences régionales de l'hospitalisation et aux établissements. Le comité national de suivi devait se réunir en septembre : on n'a toujours pas de date. C'est très gênant car on superpose des discours et des polémiques stériles et accusatrices, où les 35 heures font figure de coupables. Ce n'est pas une façon de remercier le personnel qui, cet été, a travaillé largement. Au delà de ses obligations statutaires. Jean-François Mattei en janvier 2003 a validé un protocole qu'on avait signé avec Bernard Kouchner [en septembre 2001, NDLR]. Revenir en arrière un an après sèmerait la confusion la plus totale. Etes-vous rassurée par la relance de l'investissement hospitalier (10 milliards d'euros sur cinq ans) et la sortie de l'ordonnance sur la simplification de la planification sanitaire, deux volets importants du plan Hôpital 2007 ? Il ne faudrait pas se contenter de mettre deux ou trois salles climatisées et de faire un toilettage statutaire : ce n'est pas de cela que l'hôpital a besoin. Si Hôpital 2007 se résume à une rénovation architecturale et à deux ou trois gadgets sur la gouvernance, il sera non seulement inutile, mais il empêchera de définir la place de l'hôpital dans le système de santé. Il y a un problème de méthode : on fait des groupes Hôpital 2007 dans une vision très hospitalo-centrique, très arrière-garde, alors que le problème majeur, on l'a vu cet été, est que l'hôpital doit s'ouvrir sur la ville. Une prise en charge efficace ne doit pas être seulement centrée sur l'hospitalisation. Hôpital 2007 doit au contraire être un moyen de coordonner tous les acteurs, libéraux et hospitaliers, pour résoudre des problèmes de santé et de société comme celui des personnes âgées. Une maladie chronique a des conséquences psychologiques, sociales et financières. Ce n'est pas à l'hôpital de les traiter. Je n'y vois qu'un remède : la création de réseaux. Or on parle si peu des groupements de coopération sanitaire... Propos recueillis par |
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